Jean Prouvé

Par Jacqueline Mainguy.

Jean Prouvé, architecte designer, collectionné dans le monde entier est aujourd’hui reconnu comme un de nos plus talentueux “inventeur” du XXème siècle.
Des expositions de ses maisons préfabriquées, des ouvertures au public de ses maisons habitables, des rediffusions de son mobilier, des ventes aux enchères de ses meubles ou de ses objets véritables oeuvres d’art, Jean Prouvé passe à la postérité en revenant au goût du jour, tant il a été à son époque “d’avant-garde”. Ferronnier, inventeur, designer, créateur de génie, constructeur, cet homme au parcours singulier a marqué son époque dès le début du XXème siècle.
Né à Paris en 1901, son père Victor Prouvé est lui-même un artiste fondateur de « l’ Ecole de Nancy ». A 15 ans, Jean Prouvé, à cause de la Première Guerre Mondiale, va pendant 3 ans, être apprenti forgeron puis ferronnier d’art, chez l’ami de son père Emile Robert à Enghien. Jean Prouvé, se fait déjà remarquer pour ses dessins et commence son œuvre de ferronnerie par «l’Art Nouveau » en créant pour Emile Gallé des supports de vase, des portes en fer forgé… et il aime ce métier Cet apprentissage le poussera à former lui- même de nombreux apprentis par la suite. Il expliquait : « Je n’étais pas un homme de bureau du tout, ni de dessin. Je vivais dans l’atelier, et je me rappelle que la tenue des serruriers-forgerons était un tablier de cuir qui protégeait contre les étincelles. Pendant des années j’ai porté le tablier de cuir. Je pense que cela a été la grande chance de ma vie, une chance, oui, de devenir très vite un ouvrier et un ouvrier du bâtiment. Je pense que tout part de là ».

En 1924 à Nancy, il ouvre son premier atelier. Au travail solitaire, il préfère le travail collectif. Dans le processus de création Jean Prouvé veut surtout valoriser l’ouvrier comme partie prenante de la fabrication des objets et il va se diriger vers la production en série pour pouvoir mettre l’art à la portée de tous. Là même où “l’Ecole de Nancy” incite à l’innovation et rejette la hiérarchisation entre arts majeurs et arts mineurs.

Dans les années 30, il entreprend à plus grande échelle l’industrialisation des objets de l’habitat. Il fabrique des meubles en série, sur des machines industrielles, à l’aide d’éléments inoxydables. Sa fabrication est toujours inspirée par le choix du matériau employé: la tôle d’acier, l’aluminium, le bois. Ajouté à la simplicité des formes son approche consiste toujours à utiliser les techniques et les matières disponibles à un « moment donné » il poursuivra longtemps la réflexion initiée par Gallé, Daum et Majorelle sur l’art appliqué à l’industrie. Mais avec la production de série il abandonne “cette observation de la nature”. Il ne fait plus des rampes d’escalier à motifs floraux mais des cabines d’ascenseur et des cloisons amovibles métalliques dont il est l’inventeur.

Le garage Citroên, de Lyon en 1932 tout juste après son ouverture

Le garage Citroên, de Lyon en 1932 tout juste après son ouverture

Au début des années 1930 André Citröen entreprend la reconstruction et la réadaptation d’un très grand immeuble dans le centre de Lyon, pour regrouper toute l’activité d’un “garage pour automobiles” sous un seul toit. Achevé en 1932, la grande verrière, les portes métalliques, les fenêtres à guillotine, les rampes, les balustrades et des cabines d’ascenseurs en tôle pliée, les cloisons amovibles et adaptables, tout un ensemble empreint de logique et de simplicité sont l’oeuvre de Jean Prouvé. Ce travail signe la maitrise du ferronnier qu’il exploitait dans ses ateliers de Nancy, notamment le pliage du métal à échelle industrielle pour l’adapter à des utilisations nouvelles encore inconnues à cette époque.

Cette chaise, a été le fruit de longues études et d’expérimentations.

Cette chaise, a été le fruit de longues études et d’expérimentations.

Dès 1934 cette chaise, a été le fruit de longues études et d’expérimentations. Le but était de répondre à plusieurs critères. Elle ne doit pas casser si on se balance et son dessin doit répondre à une volonté claire de J Prouvé : affirmer les qualités mécaniques d’un objet. « La chaise est le meuble le plus difficile à construire » dira-t-il. Mais il n’y a pas de différence entre la construction d’un meuble et celle d’un immeuble.

En 1939, Jean Prouvé dépose un brevet pour la construction en série de maisons de week-end sur pilotis, et de baraquements démontables pour l’armée. Résistant actif, dès l’après-guerre, il a contribué largement à la reconstruction et à l’urbanisme en France, lui qui a su si bien allier l’art à l’industrie.

Après la Libération, devenu Maire de Nancy, il reste directeur de son usine auto gérée par plus de 300 travailleurs. Il rompt avec les traditions en privilégiant l’expérience à la rentabilité. Idéaliste, mais lucide sur les hommes, il dira : « J’ai constaté avec quelle rapidité et avec quelle intelligence des gens qui font des choses intéressantes et qui ont une responsabilité financière deviennent encore plus intelligents. » Il amorce alors, ce qui sera sa raison d’être: créer, inventer pour le plus grand nombre. Notamment une maison pour les « sans domicile » appelée « la maison des jours meilleurs » et que Le Corbusier qualifiera de « la plus belle maison que je connaisse ».

En 1954, comme accumuler des richesses personnelles ne l’intéressait pas et qu’il avait fait breveter plus d’une cinquantaine d’inventions, il choisit de vendre « son » usine  à ses actionnaires, car pour lui, si investir dans la recherche et avoir des salariés satisfaits est mauvais pour les affaires il préfère l’abandonner.
Mal aimé il s’adonne alors à d’autres passions, comme pilote d’avion ou d’automobile, tout en continuant malgré tout à créer des prototypes. En contribuant particulièrement à la fabrication de murs-rideaux et des façades de verre.

Après 1957, il devient professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris et consultant indépendant pour des architectes avec lesquels il collabore : Robert Mallet-Stevens, Alexander Calder, Albert Laprade, Tony Garnier. C’est un « architecte ingénieur » dira Le Corbusier (alors que lui-même préférait être désigné comme un « constructeur »). Cette discipline, l’architecture, lui permettra de s’associer à Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret reonnus ensembles comme les plus célèbres « créateurs de mobilier » des années 50 Tandis que Pierre Jeanneret avec son cousin Le Corbusier étaient reconnus comme les pionniers du design contemporain.

De 1956 à 1974… Ouverture de la Galerie Steph Simon, éditeur du mobilier de Charlotte Perriand. Celle-ci en est la directrice artistique et avec Jean Prouvé, ils sont les parrains et les têtes d’affiches de la galerie du Boulevard saint-Germain. De 1980 à 1984, Jean Prouvé continue à développer et améliorer la conception de ses meubles. Il meurt à Nancy en 1984.

De nos jours on trouve encore quelques éléments de l’abondante création de Jean Prouvé :
– A Château-Arnoux-Saint-Auban, près de Château Arnoux en Provence, quatre des dernières maisons « Châlets », grâce au Directeur du patrimoine de la région PACA, ont été inscrites, en 2001 à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Ces maisons construites entre 1941 et 1943 ont été élaborées dans l’esprit des architectes Loucheur, Pierre Jeanneret et Le Corbusier, pour un habitat minimum et économique. Ces maisons avaient un plan simple et fluide, entièrement meublées et destinées à des ingénieurs et leur famille qui travaillaient dans la région. Cela préfigurait les pavillons démontables de 1944 pour les sinistrés de Lorraine, puis un chantier expérimental à Meudon en 1949 et toutes les maisons à portiques ultérieures.
– Les maisons de Brazzaville. En 2000, les maisons « tropicales » de 1947, conçues par Jean Prouvé, destinées au marché colonial de Brazzaville, dont seuls des prototypes existent, ont été démontées et rapatriées en France. Ces maisons avaient des systèmes d’évacuation de la chaleur et une très ingénieuse distribution des pièces. Vendue par Christie’s en 2004 on en trouve une, la « petite maison » de 140 m2 à côté de la Tate Modern à Londres. Une deuxième, sur le toit du Centre Pompidou à Paris, le modèle de 180 m2, restauré, a été remontée.
Depuis 2011, l’amateur d’art irlandais, Paddy Mac Killen, parmi 450 maisons préfabriquées que Jean Prouvé avait créées pour les réfugiés de 1945, en a retrouvé deux. Ces deux maisons après les avoir restaurées, remontées et meublées avec du mobilier d’époque, il les a implantées dans le parc de son domaine. Exposées au rythme des bois, collines, vignes et oliviers, elles sont au milieu des créations d’un grand nombre d’architectes et d’artistes, dans sa propriété viticole près d’Aix-en-Provence, au « Château La Coste ».

De son côté en 2013, Patrick Seguin, grand collectionneur de Jean Prouvé a envoyé à Miami une de ses 17 maisons créee par Jean Prouvé et Pierre Jeanneret en 1945. Arrivée en pièces détachées, par bateau, en Floride, reconstruite à l’identique à Miami, cette maison, fraîche et agréable à vivre, a été surnommée « The Beach House » et pourrait atteindre de nos jours le prix de 2,5 millions de $. Depuis 2002 on a commencé à rediffuser des créations du grand « fabricant » Jean Prouvé, en faisant des rééditions de ses meubles.

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« La maison Métropole » Démontable, Transportable, Modifiable.

Exposition Jean Prouvé Turin 2014. Structure appartenant à la famille Seguin, Grands Collectionneurs des ouvrages de Jean Prouvé.

Installée sur le toit LINGOTTO à la « PINACOTECA AGNELLI »

Installée sur le toit LINGOTTO à la « PINACOTECA AGNELLI »

En 2014 à Tourcoing, une petite maison « pavillon » Jean Prouvé, est actuellement ouverte aux visites des amateurs dans cette ville.

06 - Article presse

A Nancy, sa ville dont il fut le Maire, certaines de ses fabrications sont conservées, réhabilitées et exposées. Sa maison et son atelier ont été rouverts au public.

Exposition à Nancy

Exposition à Nancy

Dernièrement en mai 2014 la société Artcurial, grâce à son vice Président qui pendant 20 ans a mis son expertise au service du travail de Jean Prouvé, en mettant en vente assez régulièrement des pièces signées du créateur, a vendu une table devenue « la pièce la plus chère du monde ». Produite par le créateur elle a été mise aux enchères pour un prix record de 1 241 300 €, jamais battu pour une oeuvre de Jean Prouvé.

Table vendue aux enchères en mai 2014 à Paris

Table dite Centrale, vendue aux enchères en mai 2014 à Paris

Considérée comme emblématique de son oeuvre, cette table de Jean Prouvé dite « Centrale » a été réalisée en 1956 pour le réfectoire de la Cité d’Antony. Elle mesure 3 m de long. L’originalité réside, dans le fait que la table qui présente un certain aérodynamisme repose sur un large piétement central sculptural au lieu de quatre pieds. Un peu bombée elle reflète admirablement la lumière.

Ce record mondial pour le mobilier de Jean Prouvé est un formidable hommage et la consécration du travail de cet architecte et designer français, aujourd’hui collectionné dans le monde entier. Homme engagé, l’humaniste Jean Prouvé par une phrase simple a défini son grand rêve en essayant de l’adapter à tous : « loger sa famille pour la mettre à l’abri ». Mais toute sa personnalité aura été marquée par son inventivité, son sens de l’innovation, sa créativité hétéroclite et son génie visionnaire.

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