Le Pont du Gard, le Pont de Roquefavour

Le pont du Gard
© Benh Lieu Song 2014

Bâtisseurs de l’époque romaine  Par Jacqueline Mainguy

Il est impossible de se faire une idée de l’effet produit par cette chaîne granitique qui réunit deux montagnes, par cet arc-en-ciel de pierre qui remplit tout l’horizon, par ces trois étages de portiques qu’ont splendidement duré dix-huit siècles de soleil. J’ai vu quelques-unes des merveilles de ce monde,je n’ai rien vu qui n’ait parti aussi beau, aussi grand, aussi virgilien que cette magnifique épopée de granit qu’on appelle le Pont du Gard.  —Alexandre Dumas

Pour assurer prestige et domination au cours de leurs nombreuses conquêtes, tous les empereurs de la Rome antique ont fondé des villes pendant plus d’un millénaire.

En s’installant les Romains cherchaient de l’eau considérée comme « symbole de vie ». Pour pouvoir construire, des fontaines, citernes, latrines, lieux artisanaux ou thermes, indispensables à la vie de la cité, il fallait que les romains puissent la canaliser au plus près des populations.

Des « aqueducs » (mot formé de deux termes latins, « eau » et « conduire ») ont ainsi été réalisés par les constructeurs de l’antiquité et de nos jours la ligne d’un aqueduc romain, encore visible, permet de suivre l’eau dès leur source sur un long parcours.

Avant d’entreprendre les travaux d’un aqueduc, les bâtisseurs romains faisaient des repérages très précis des lieux, étudiaient les régions environnantes, l’état des sols et les parages autour des sources d’eau potable. Puis les infrastructures étaient adaptées aux écueils dus à la configuration des terrains. Par exemple, à Nîmes, on s’est rendu compte pour les sources d’Airan et d’Eure, situées près d’Uzès en hauteur à une trentaine de kilomètres de la ville, il fallait contourner des collines pour garder une pente régulière et assurer la fluidité de l’eau.

L’étanchéité des canaux particulièrement cruciale, est également un chef-d’œuvre d’ingénierie : « Sur un radier de mortier et de cailloutis, était dressée une conduite en forme de U, enduite intérieurement de mortier de tuileau rougeâtre. Une voûte en berceau, également maçonnée, recouvrait l’ouvrage ». Cette description nous témoigne de l’extraordinaire maîtrise des ingénieurs. Connu comme le Plus Haut Pont de l’Empire Romain, le Pont du Gard, avec ses 49 m de hauteur, mesure 275 m de long environ.

Édifié, on pense, entre 38 et 52 après J.-C., le pont a nécessité et utilisé plus de 50 000 tonnes de pierres issues de la carrière de l’Estel à 400 m en amont de l’ouvrage. Environ un millier d’hommes ont été formés pour travailler dans ces gigantesques chantiers et parachever des travaux démesurés « l’on ne sait ce que l’on doit le plus admirer, des dimensions des pierres ou de la précision de la taille de leurs lits et de leurs joints«  on dit messieurs Grangent et Durand après avoir étudié le pont.

L’architecture du pont lui-même est formée d’un certain nombre d’arches construites pour faire passer l’eau arrivant par l’aqueduc au-dessus du pont vers la ville et ainsi traverser la rivière Gardon ou Gard. L’édifice, a dû être très grand et solide pour enjamber la rivière au cours d’eau très irrégulier et aux crues violentes. C’est pourquoi les piles du pont ont été construites avec une forme en étrave de bateau pour mieux fendre le courant. (Encore aujourd’hui au XXIe  siècle, même après de violentes inondations lors d’une crue où l’eau atteignit jusqu’aux trois quarts des arches du niveau inférieur à une hauteur d’environ 20 m, le pont résista et ne subit aucun dommage). La longueur totale de la partie supérieure, où coule l’eau au troisième niveau est de 490 m. Ce troisième niveau supporte donc le canal soutenu par 47 arches chacune de 4 m 80 de large. Le dénivelé n’est que de 12 m, soit une inclinaison moyenne de 24 cm/km ou encore 0,24 mm/mètre. Le premier et le deuxième niveau du pont ont respectivement six et onze grandes arches qui sont superposées, leurs largeurs varient de 15,5 m à 24,5 m. Le dénivelé total de l’aqueduc est de 17 m pour les 50 km de la source à la cité en passant par le pont.

Il y a 2500 ans les constructeurs romains développèrent un tel savoir faire qu’ils ont construits des aqueducs aux « dimensions » qui ne manquent pas de nous surprendre encore au XXIe siècle : Le plus long aqueduc du monde romain, est celui de Carthage de 132 km, celui de Cologne, 95,5 km. En « Gaule », deux dans le lyonnais, celui du Gier, 75 km et celui de la Brévenne, 60 km. Celui d’Eygalières à Arles 51 km, de Fréjus et de Traslay à Bourges 42,5 km.

En partie détruit au Moyen Age, il fallut attendre le milieu du XIXsiècle pour que l’Empereur Napoléon III, amateur d’archéologie, fasse restaurer le pont, lui redonnant son apparence d’origine. Le monument fut à nouveau l’objet d’importantes restaurations. Entre 1842 et 1846, Charles-Auguste Questel crée un escalier au dernier étage, à l’intérieur de la dernière pile, donnant accès au canal. De 1855 à 1859, d’importantes restaurations ont lieu, sous la direction de Jean-Charles Laisné.

 

CET AQVFDVC CONSTRVIT PAR LES ROMAINS

POUR CONDVIRE À NIMES LES EAVX DE LA FONTAINE D’EVRE

REPARÉ PAR LES ÉTATS DE LANGVEDOC EN MDCCII

A ÉTÉ CONSOLIDÉ ET RESTAVRÉ EN MDCCCLV

PAR LES ORDRES DE L’EMPEREUR NAPOLÉON III

 

Le pont du Gard tel qu’il est de nos jours

Il n’y a pas dans le monde romain un monument dont la vue surprenne et trouble au même degré, on l’aperçoit brusquement, au détour de la route, élégant et majestueux, encadré par le ciel, encadrant de ses arceaux le gracieux paysage du torrent et des collines.  — Un grand admirateur du pont

En 2000, l’État français finance, dans le cadre d’une opération « Grand Site National » avec l’aide de collectivités locales, de l’UNESCO et de l’Union Européenne, un projet d’aménagement du site, confié à l’architecte Jean-Paul Viguier, afin d’assurer la préservation de ce monument exceptionnel.

 

Léonce Reynaud, Traité d'Architecture, 1870 Image Gallica / BnF

Léonce Reynaud, Traité d’Architecture, 1870
Image Gallica / BnF

Le pont de Roquefavour

Il ne semble pas pensable de raconter l’histoire du Pont du Gard sans évoquer « la copie » moderne  du début du XIXe siècle le Pont de Roquefavour.

Lucas Monsaingeon, RMHP Fellow 2016, a fait une étude approfondie de ce pont. Il nous explique : Marseille était encore, au début du XIXe siècle, alimentée par les rivières de l’Huveaune et du Jarret, d’où venaient historiquement l’eau potable. Le débit devenu insuffisant, posait des problèmes d’hygiène favorisant d’importantes épidémies de choléra.

L'aqueduc de Roquefavour Florent Ruyssen 2011

L’aqueduc de Roquefavour © Florent Ruyssen 2011

C’est dans ce contexte que Marseille va réaliser un de ses vieux fantasmes, pour lequel des projets utopiques et des initiatives personnelles se succédèrent depuis le XVIe siècle sans succès : aller chercher l’eau de la Durance à plus de 80 km, au niveau du pont de Pertuis, et de la conduire à Marseille par un canal de 100 km, dont 10 234 m en souterrain, avec quatre aqueducs.

En 1838 le projet définitif est adopté et confié au jeune ingénieur des Ponts et Chaussées Franz Mayor de Montricher, (ingénieur charismatique qui marquera profondément la ville de Marseille) et à William Fraisse. Il nécessita 15 ans de travaux inspirés par l’antique « Pont du Gard ».

Monsaingeon explique: le choix définitif d’un pont-aqueduc relève de plusieurs paramètres : techniques, les canalisations de fonte ne semblant pas assez éprouvées pour une pression élevée ; personnels, Montricher semble avoir toujours été poussé par orgueil à ériger ici ce qui devait être son chef d’œuvre ; de prestige, la mairie de Marseille a tenu à réaliser dans ce territoire un ouvrage monumental.

Classé monument historique en 2002, le pont de Roquefavour est aujourd’hui exploité pour mettre en valeur la région, mais sur place, le monument semble tombé dans l’oubli collectif. Joseph Méry écrit : « Marseille a voulu effacer Rome, sa sœur, par la conquête de l’eau. […] Elle a élevé l’indestructible aqueduc de Roquefavour, inférieur par la grâce mais supérieur par la force, à son modèle du Gard. »

Chefs d’œuvre du génie créateur humain et de l’habileté des architectes romains, les aqueducs sont un témoignage unique et exceptionnel de cette civilisation.

Jacqueline Mainguy

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