Le Richard Morris Hunt Prize célèbre ses 37 Lauréats et ses 30 ans d’existence

Simon Petot-Bottin, Brian Bauer (attaché culturel de l’Ambassade des États-Unis), Bérénice Gaussuin, Michèle le Ménestrel Ullrich, James Walbridge, Robert Ivy, Barbara Lambec, Pierre Gommier

Deux architectes français, Simon Petot-Bottin et Barbara Lambec, spécialistes du patrimoine, très motivés par les problèmes de l’environnement, deviennent respectivement le RMHP Fellow et Scholar 2020.  La remarquable qualité des quatre candidats se présentant poussa les jurés à attribuer deux prix exceptionnels célébrant le 30ème Anniversaire du RMHP. Ainsi, rejoignent également le réseau d’excellence des RMHP lauréats les architectes Bérénice Gaussuin et Pierre Gommier. 

Le prestigieux RMHP Jury s’est réuni, selon la généreuse tradition de l’Ambassade des États-Unis d’Amérique, en l’Hôtel de Talleyrand, George C. Marshall Center, place de la Concorde, le 6 décembre 2019. Le Jury a été présidé par Robert Ivy, FAIA, Executive Vice President et CEO de l’American Institut of Architects (AIA), accompagné de James Walbridge, President de l’Architects Foundation (AF) et Michèle le Menestrel Ullrich, French Heritage Society Founding President and RMHP Founder, Co-Chairmen du Prix. Diane de Roquette-Buisson représentait French Heritage Society.

Le RMHP Fellow 2020, Simon Petot-Bottin, architecte HMONP, formé à l’ENSA de Toulouse, diplômé de l’ENSA Paris-Belleville, complète sa formation par un DSA Patrimoine à l’Ecole de Chaillot. Depuis 2012 il a travaillé dans diverses grandes agences parisiennes comme celle de Pierre-Louis Faloci, de Remingtonstyle, ou de Philippe Prost. En 2019, il intègre l’Agence Bossoutrot & Rebière à Muret (Garonne).  

Simon est un architecte passionné. Sa curiosité indéfectible liée à son désir de perfectionnement le pousse à une réflexion approfondie sur les espaces publics et leurs rapports avec les monuments. C’est tout naturellement qu’il élit ce projet de recherche, Les Parcs nationaux et leurs aménagements / Préserver le paysage par la construction / Un parcours tourné vers le paysage et le patrimoine.

Simon a constaté la remarquable capacité du système des National Parks. Nés au XIXe siècle, les National Parks transcendent les États américains, portant une identité nationale ambitieuse promouvant la nature comme patrimoine commun. Le paysage américain a su perdurer comme un élément clef de l’American Way of Life ; il est omniprésent dans la culture américaine et sa représentation dans le monde.

Simon désire mieux connaître les aménagements de ces réserves paysagères. Sa recherche aux USA permettrait de promouvoir et rendre accessible le paysage, le patrimoine et les écosystèmes. La France, traditionnellement orientée vers le bâti mais s’intéressant de plus en plus à cette notion paysagère, apprendrait beaucoup de la pratique nord-américaine.

Le Fellow, encadré lors de son séjour aux États-Unis d’Amérique par les AIA/AF Team, reçoit une dotation de 20 000 dollars.

Luc Liogier, Directeur de l’ENSA Paris-Malaquais, et Barbara Lambec

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Le RMHP Scholar, Barbara Lambec, diplômée de l’ENSA de Marne la Vallée, est architecte HMONP. Elle est titulaire d’un DSA Patrimoine de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville. Depuis 2009, elle a travaillé au sein de diverses agences parisiennes (C & C, Derbesse, Martin Duplantier, Atelier d’architecture Alter Ego) et avec Vanessa Fernandez pour l’ENSA de Paris-Belleville. Elle a intégré l’Atelier David d’Angers à Paris à l’automne 2017.

Avec son sujet de recherche, Déchet ou gisement : le réemploi, vecteur du renouvellement de l’économie matérielle, Barbara est bien dans l’air du temps. Elle s’enthousiasme pour le « Sauvetage architectural : antidote à l’âge du « bling », c’est-à-dire la réutilisation de certains matériaux d’exception voués à la destruction. Partant du constat que les États-Unis, pionniers de l’engouement pour le neuf et de la surconsommation des matériaux, le sont aussi de leur réutilisation, Barbara se propose d’étudier les initiatives institutionnelles et industrielles existant dans ce domaine afin d’envisager une nouvelle structure d’économie matérielle. Le secteur du réemploi a créé un organisme de régulation, la Building Reuse Association, et développe des formations à travers The ReUse People of America. Le propriétaire d’une maison à démolir peut donner l’entièreté des matériaux qui la compose à une entreprise sociale qui procédera à son démantèlement et dégagera le terrain pour les travaux futurs. D’après l’agence de protection de l’environnement, il y aurait entre 1000 et 1500 centres de réemploi aux USA. Son sujet portera sur l’étude des processus et outils en place permettant le réemploi aux États-Unis afin d’envisager des applications possibles en France.

Le Scholar, encadré lors de son séjour aux États-Unis d’Amérique par les AIA/AF Team, reçoit une dotation de 5000 dollars.


Bérénice Gaussuin et Pierre Gommier bénéficient tous les deux du prix exceptionnel du 30ème Anniversaire du RMHP de 2500 dollars chacun. Leurs deux semaines de séjour aux États-Unis d’Amérique seront encadrées par les équipes AIA/AF.

Diplômée de l’École spéciale d’architecture, architecte HMONP, Bérénice Gaussuin est titulaire du DSA Architecture et Patrimoine de l’École de Chaillot et d’un Master II recherche, Histoire de l’architecture Back to Viollet-le-Duc, la forme critique de Viollet-le-Duc (1964-1980)Sa carrière débute en 2009 au sein de diverses agences d’architectures parisiennes (Arképolis, Architrav’, Dominique et Pascal Stéphan, La Fabrique Créative) et se poursuit dans l’Agence d’Architecture Philippe Prost puis à l’Atelier Christian de Portzamparc. Depuis 2013, elle est cheffe de projet, cheffe d’agence puis architecte associée de A&M Patrimoine à Boulogne-Billancourt. Maître de conférence associée, elle enseigne depuis 2015 à l’ENSA Paris-Malaquais. Parallèlement, elle y prépare une thèse de doctorat en architecture sur la dichotomie entre les notions de restauration et de création au XIXe siècle sous la direction de Dominique Rouillard.

Sa grande curiosité intellectuelle la conduit à se captiver pour les relations existant entre le patrimoine bâti et le vivant et à se tourner vers le cas nord-américain où la protection de la nature et celle des édifices historiques sont intimement liées. Au XIXe siècle, la protection des paysages – c’est-à-dire de la nature – naît des dégradations dues à l’industrie, et la notion de monument historique – composante majeure du champ patrimonial – résulte des destructions révolutionnaires et de la construction des nations.

Le propos de cette étude est de dénouer les relations entre le vivant et le patrimoine bâti à travers l’exemple des États-Unis qui protègent conjointement la nature et les édifices historiques par le biais du National Parks Service, en privilégiant toutefois le patrimoine amérindien où existe une forte relation à la tradition et à l’environnement. L’observation de ce patrimoine amérindien devrait mettre en évidence un possible croisement entre les enjeux de protection de l’environnement et de protection du bâti ancien qui permettrait de prendre soin de Ce(ux) à qu(o)i nous tenons : Protection du bâti ancien et de l’environnement en territoire amérindien, comme s’intitule son sujet de recherche. 

Diplômé de l’ENSA Paris – Val de Seine, architecte DPLG, Pierre Gommier est titulaire du DSA Architecture et Patrimoine de l’Ecole de Chaillot. Il débute en tant que collaborateur au sein de diverses agences d’Architectes en Chef des Monuments Historiques (Dusapin-Leclercq, Denis Doderman, H2O Architectes, Manciulescu) puis participe de 2014 à 2018 à l’élaboration du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Site Patrimonial Remarquable de Charleville-Mézières (Ardennes). Il ouvre en 2014 son atelier éponyme (permis de construire, autorisations de travaux, suivis de chantiers, bons achèvements). Pierre enseigne à l’École Nationale Supérieure de Paris-Belleville depuis 2014. Parallèlement il y entreprend en 2018-2019 une recherche sur L’habitation à atelier d’artiste à Paris entre 1870 et 1945 : diffusion d’un programme et d’une forme architecturale, son évolution jusqu’à aujourd’hui ; sa protection, sa conservation et sa restauration dans le cadre de la législation sur les Monuments Historiques sous la direction de Jean-Paul Midant.

 Champion, virtuose, technicien des réhabilitations et des reconfigurations ambitieuses, Pierre a été amené à relever l’évolution historique de typologies ayant subi des remaniements singuliers. Son projet de recherche portera sur La fenêtre de travail : Conservation, restauration et renouvellement du Patrimoine au regard de la législation américaine, dans le Midwest et les Prairie States.

Le thème de recherche place la fenêtre de travail et sa menuiserie au centre du questionnement. En effet, la fenêtre de travail constitue l’interface entre la vision extérieure du patrimoine par le passant et la découverte d’une qualité de mise en lumière des volumes intérieurs. Grâce à l’étude des verrières artisanales de l’atelier d’artiste à double hauteur du Tree Studio building et des Carl Street Studios, ou de la fenêtre à cadre métallique de la first Chicago School (Monadnock Building, Michigan Boulevard Building), Pierre se demande si la technique contemporaine permet de conserver ou de restituer à la fois l’image et la matière patrimoniale de ces fenêtres de travail et quelles sont les méthodes actuellement employées en matière de relevé aussi bien que de reconstitution d’une chaîne de fabrication d’un élément de second œuvre essentiel. Pierre envisage de tester une inversion du processus de réutilisation courant du bâti à travers des exemples américains en proposant de considérer la question du second œuvre au premier chef de la réflexion architecturale, d’aborder un tout par la partie car les questions de la lumière, de l’ouverture sur l’extérieur, de la vue et des dispositifs techniques qui s’y rapportent, sont essentielles à la restauration.